Il y a un individu insupportable dans mon immeuble: un retraité. Non pas insupportable parce qu'il est retraité, hein, pas de malentendu.
Je sens mon morale s'effondrer quand je le croise. Le croiser signifie lui dire bonjour. Le bonjour initie une discution. La discution me volera 1/2 heure. Un temps interminable durant lequel j'écoute et lui me parle. L'inverse est impossible parce qu'il n'entend rien. J'ai l'impression que sa cervelle est séquestrée par un mur de briques; mes paroles se heurtent dessus. Il parle , il parle. Il a planifié ma vie et me voit déjà comme une speculatrice multimillionaire, et ce parce que la seule chose que j'ai reussi à lui communiquer, c'est mon activité scolaire.
J'en viens à aborder un point inquiétant : je croise la vioque partout. Partout. Oui partout . Magasins, bibliothèque, petits chemins sinueux, parcs. Bon, il est vrai qu'on peut concevoir qu'un retraité aime à passer sa vie dehors pour tuer son temps. Mais quand bien même je me cacherais dans une poubelle, je parierais sur sa présence dans l'océan d'immondices et de déchets.
Le hasard l'innocenterait si je n'ajoutais pas qu'il me surprit horriblement quand il me félicita pour ma mention au bac. Et oui, n'ayant aucun lien avec ma famille ou mon entourage, et ne connaissant même pas mon nom ni mon prénom, je me demandai comment il avait eu accès à l'information. Le retraité me confia qu'il s'était introduit à l'intérieur de mon lycée pour connaître mes résultats.
Sale fouineur.
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Depuis lors je trouve que le portable est une invention formidable. Quand je l'aperçois qui m'observe de loin dans un coin de rue, je sors mon téléphone et fais mine d'être plongée dans une conversation particulièrement intéressante.